Dans un monde où l’intelligence artificielle peut générer des centaines de lignes de code en quelques secondes, une question fondamentale se pose : la quantité de code produite nuit-elle à sa qualité ? Pour un ingénieur logiciel, le code n’est pas une fin en soi. Le code représente la solution à un besoin actuel, mais qui plus tard peut évoluer et exiger plus de spécifications à prendre en compte. À l’ère de l’IA, le Clean Code devient une approche facile à utiliser, il se voit être automatisé et assisté de l’IA.
1. Définition:
Le concept de Clean Code ne date pas d’hier. Il est né d’une nécessité historique : la Crise du Logiciel des années 60 et 70. À cette époque, la complexité des systèmes dépassait la capacité des développeurs à les maîtriser, entraînant des coûts astronomiques et des échecs de projets en série.
Le Clean Code désigne un ensemble de pratiques visant à produire un code clair, lisible et maintenable. Il repose sur des principes simples : des noms explicites, des fonctions à responsabilité unique, une structure cohérente et une réduction drastique de la complexité.
Dans tout projet de génie logiciel, le Clean Code apporte une valeur ajoutée sur trois axes majeurs :
- Le travail collaboratif : Un code lisible réduit le temps de compréhension pour les autres membres de l’équipe.
- L’évolutivité : Un code respectant la réutilisabilité permet d’ajouter des fonctionnalités sans avoir à réécrire l’intégralité de l’application.
- La sécurité : Un code structuré et des fonctionnalités « légères » facilitent l’identification des failles et la maintenance préventive.
2. Le clean code et la qualité logicielle
La qualité d’un logiciel est un concept encadré par des normes internationales comme l’ISO 25010. Cette norme définit 6 groupes d’indicateurs essentiels : la capacité fonctionnelle, la facilité d’utilisation, la fiabilité, la performance, la maintenance et la portabilité ou réutilisabilité.
La maintenance occupe une place centrale. Pourquoi ? Parce qu’un logiciel passe 80% de son cycle de vie en phase de maintenance. Un code qui n’est pas maintenable devient une « boîte noire » : plus personne n’ose y toucher de peur de tout casser. En génie logiciel, le Clean Code est l’outil principal pour garantir que cette métrique reste au vert, assurant ainsi la pérennité de la solution. Avec l’utilisation de l’intelligence artificielle, il est important de posséder un fichier README de la solution à développer dès le démarrage du projet. Cela donne une vue directe de la solution attendue, ce qui oriente au mieux l’intervention humaine et celle de l’IA.
3. L’IA et l’automatisation de tâches
Aujourd’hui, l’IA est devenue l’assistante indissociable du codeur. Elle redéfinit notre manière de concevoir des solutions via les assistants de programmation (comme GitHub Copilot ou Cursor). Cette nouvelle approche permet d’automatiser des tâches autrefois chronophages :
– Refactoring automatique
Traditionnellement, le refactoring est une tâche risquée. On hésite souvent à simplifier un bloc complexe de peur de briser une logique métier. L’IA aide à identifier les nœuds de complexité (comme les imbrications excessives et inutiles) et à suggérer des structures plus plates et modulaires. En lui soumettant un code fonctionnel mais mal structuré, l’ingénieur reçoit instantanément une proposition de réorganisation respectant les principes SOLID. Le travail consiste maintenant à valider la structure offrant une meilleure qualité logicielle.
– Génération de tests unitaires
Écrire des tests était souvent l’étape que l’on sacrifiait. Créer les fichiers de tests, simuler le fonctionnement des dépendances et imaginer tous les cas d’erreur prenait parfois plus de temps que d’écrire la fonctionnalité elle-même. L’IA vient générer des tests automatiques pour simuler le fonctionnement réel des programmes et explorer tous les cas de figure.
– Documentation et commentaires
C’est la pratique la plus importante du clean code Pour un code réutilisable et maintenable, il est indispensable de fournir une documentation claire et cohérente du code écrit. La meilleure pratique pour faciliter cela est l’explication des fonctions écrites avec des commentaires clairs, précis et concis.
Il faut commenter son code, mais pas abuser avec des commentaires inutiles qui ne font que surcharger le code.

4. L’enjeu du Clean Code à l’ère de l’IA
Malgré l’implication directe de l’IA générative dans l’écriture du code, la question de la qualité logicielle reste plus que jamais d’actualité. On assiste à une explosion de solutions logicielles, mais sont-elles toutes de bonne qualité ?
L’enjeu majeur du clean code avec l’IA réside dans la notion d’obésité logicielle. Autre fois, on se souciait des lignes de code à écrire pour implémenter notre fonctionnalité. Ce phénomène est connu sous de syndrome de la page blanche. Avec l’IA on peut désormais écrire des milliers de ligne de code en quelques minutes. Le soucis c’est qu’elle peut produire du code qui marche à l’instant T, mais qui est structurellement instable ou redondant.
L’obésité logicielle est traduit concrètement par l’abondance de code mais sans utilité réelle.
Le copier coller aveugle des suggestions de l’IA introduit une dette que à payer plus tard lors de la première panne ou mise à jour majeure du logicielle. Utiliser l’IA sans principes de Clean Code, c’est comme construire un gratte-ciel avec une imprimante 3D ultra-rapide mais sans plans d’architecte. La construction est rapide, mais la structure est fragile.
L’intelligence artificielle est un levier de productivité phénoménal, mais elle ne remplace pas la rigueur du génie logiciel. L’objectif avant tout est de produire une solution réutilisable et maintenable car on ne jette pas une technologie bien qu’elle peut devenir obsolète. Soit on l’améliore, soit on s’en sert pour développer de nouvelles solutions.
